Un exposition photo était disponible dans la prison S21.

Dans l’enfer de la prison S21.

Après avoir fait notre expérience en tant que profs d’anglais dans un petit village de Siem Reap, il était temps pour nous de rallier la capitale du Cambodge, Phnom Penh.

Et une des visites qui nous tenaient à coeur, c’était celle de l’ancien lycée Tuol Svay Prey (« Colline des manguiers sauvages »), transformé en prison sous le régime des Khmers Rouges. La prison S21 était aussi appelée Tuol Sleng, littéralement « Colline empoisonnée », révélateur du lieu.

Le régime des Khmers Rouges 

Les Khmers Rouges ont pris le pouvoir entre 1975 et 1979 au terme de plusieurs années de guerre civile. Ils ont établi le régime connu sous le nom de Kampuchéa.

Le principal dirigeant des Khmers Rouges est le tristement célèbre Saloth Sâr, plus connu sous le nom de Pol Pot.

Qui était le dirigeant des Khmers Rouges ?

Pol Pot

Le but premier de cette dictature était de créer une société communiste sans classe, purgée de l’influence capitaliste et occidentale, ainsi que de la religion.

Le régime Khmer Rouge s’est rendu coupable de nombreux crimes de masse. Et en particulier l’assassinat de plusieurs milliers de Cambodgiens selon les estimations minimales. Aucun chiffre ne fait consensus. Mais pour vous donner une idée, le Programme d’Étude sur le génocide cambodgien de l’université Yale, estime que le régime de Pol Pot a fait 1,7 millions de morts, soit plus de 20 % de la population cambodgienne de l’époque.

Au début, il s’agissait de vider les villes vers les campagnes. Puis progressivement, la population est réduite en esclavage et les repas communautaires apparaissent. Les seuls citoyens de plein droit se trouvent dans le « peuple de base ». Ce sont les habitants des campagnes, tenues depuis plusieurs années par les Khmers Rouges. Les Cambodgiens sont privés de liberté. Il est interdit de se procurer à manger par ses propres moyens ou encore d’avoir des relations sexuelles hors mariage.

Les intellectuels sont persécutés mais également les minorités ethniques et les groupes religieux, même le bouddhisme, religion majoritaire au Cambodge. De nombreux temples sont victimes de vandalisme, notamment ceux d’Angkor.

Où était enfermé les dissidents au régime des Khmers Rouges ?

Des cellules (minuscules) de la prison S21.

Et bien sûr, si le régime Kampuchéa n’a officiellement pas de prisons, il dispose de « centres de rééducation ». Jusqu’en 1976, 20 à 30 % des détenus arrêtés sont libérés. La situation se détériore ensuite. La torture est généralisée. Les Cambodgiens peuvent être arrêtés sous le moindre prétexte. Le vol (ce qui inclut la cueillette de fruits pour échapper à la faim), les propos « subversifs », les simples manifestations d’impatience ou une simple origine sociale « impure ».

La prison S21

Tuol Sleng était un lycée avant d'être une prison.

Les couloirs des salles de torture et des cellules.

Les personnes incarcérées à Tuol Sleng étaient des jeunes, des vieux, des enfants, des femmes, des hommes… Tous ceux supposés être des opposants au régime. 

La prison S21 était dirigée par Kang Kek Ieu (ou Kang Kech Eav), alias Douch ou Duch. Il sera inculpé en 2007 pour crimes contre l’humanité et condamné à perpétuité en février 2012.

Sur les 16 000 à 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, aucun ne s’est échappé. A sa fermeture, il y avait 7 survivants.

Combien de personnes ont survécu à la prison Tuol Sleng ?

Chum Mey, l’un des derniers survivants de la prison S21.

A leur entrée dans la prison, les prisonniers étaient photographiés, ainsi qu’avant ou après leur mort, leurs corps mutilés par la torture et décharnés par la faim. Les photos servaient de preuve de l’extermination des opposants au régime. Les registres ont permis de révéler que 10 500 prisonniers sont restés en moyenne 3 mois dans la prison avant d’être tués. 2 000 enfants ont été assassinés.

Les gardes avaient entre 10 et 15 ans et sous l’endoctrinement des plus âgés, ils devenaient alors encore plus cruels que ces derniers.

Visiter la prison S21

Ainsi, il faut avoir le coeur bien accroché quand on souhaite visiter la prison transformée en musée quelques temps après sa fermeture. Mais le devoir de mémoire est important. Et si la visite n’effacera pas la barbarie dont l’homme est coupable, il est essentiel de ne pas oublier de quoi il est capable.

Quelles étaient les tortures infligées aux prisonniers ?

Une des salles de torture de la prison.

Si vous avez déjà visité un camp de concentration nazi, vous avez déjà ressenti ce malaise, cette colère, cette tristesse face à ses morts vaines.

L’atmosphère est cependant un peu différente ici. La prison est située en pleine ville, le bruit est constant. Mais je n’ai eu aucun mal à en faire abstraction pour me plonger dans l’histoire.

Qu'est-ce qui est le plus difficile quand on visite cette prison ?

Bien sûr, certaines images sont insoutenables, notamment celles des corps une fois torturés et tués. Mais les images les plus difficiles pour moi restent celles des photos prises à l’arrivée des détenus.

Des milliers de visages graves ou souriants, inexpressifs ou apeurés, des milliers d’yeux qui vous dévisagent entre les allées d’une ancienne salle de torture.

Ces femmes, ces enfants, ces hommes, tous condamnés à être torturés pour confesser des « crimes » qu’ils n’ont pas commis… Les larmes sont difficiles à contenir tant l’horreur du génocide commis est incompréhensible.

Ainsi, « l’expérience » est indescriptible et on ressort épuisé de cette visite pas comme les autres.

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